Nous assistons depuis quelques années, après la première déflagration du mouvement
#MeToo, à une médiatisation qui a glissé des violences faites aux femmes à celles subies
par les enfants. Petit retour sur les étapes clés qui permettent aujourd’hui une remise en
question sociétale, médiatique et politique :
Lancé timidement aux États-Unis en 2007, le mouvement MeToo connaît une explosion
sans précédent avec l’affaire Weinstein en 2017. Enfin, la honte change de camp et les
victimes sortent du silence dans de nombreux pays. Le #BalanceTonPorc français
n’échappe pas à ce raz-de-marée. Plusieurs figures publiques se voient mises en cause
dans l’espace médiatique, montrant ainsi que la notoriété n’engendre pas l’impunité.
Depuis cette libération de la parole des femmes, les enfants sont très logiquement devenus
une cause centrale dans le débat public, avec les chiffres vertigineux relayés par la CIIVISE
(160 000 enfants victimes d’agressions à caractère sexuel chaque année en France) et la
CIASE (216 000 enfants abusés dans l’Église catholique entre 1950 et 2020). Nous ne
pouvons que nous féliciter de la visibilité que les médias ont offerte, même tardivement, à ce
combat contre la pédocriminalité.
Plusieurs grandes figures émergent successivement : les témoignages littéraires ou non
(Christine Angot, Camille Kouchner, Neige Sinno, Adèle Haenel, Judith Godrèche…) affluent
; des figures du monde judiciaire (le juge Durand) prennent le sujet des violences
pédocriminelles à bras-le-corps et se positionnent ouvertement en faveur d’une réforme
législative et judiciaire ; les victimes se réunissent en associations pour obtenir justice,
notamment dans les établissements scolaires privés sous contrat et financés en partie par
l’État (Betharram, Notre-Dame de Garaison, Riaumont, Institution Saint-Dominique…). Le
combat d’Arnaud Gallais, président de l’association Mouv’Enfants, exprime par des actions
coup de poing le « ras-le-bol » des victimes.
Le murmure des victimes devient un cri qui déploie son onde de choc jusqu’à la sphère
politique, avec la création d’une commission d’enquête relative aux violences commises
dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la
publicité, puis d’une commission d’enquête parlementaire visant à mettre en lumière les
dysfonctionnements institutionnels ayant permis l’impunité des agresseurs d’enfants en
milieu scolaire, et à y remédier. Gageons que ces travaux menés par le monde politique
mèneront à des décisions concrètes que nous attendons depuis longtemps.
Car, malgré ces avancées visibles, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il reste beaucoup à
faire. Par exemple, en ne prenant compte que ce qui se passe sur Internet :
- 1 jeune sur 3 serait sollicité en ligne par un adulte ;
- 8 000 signalements de sextorsion en 2023 en France ;
- 2,5 millions de pédocriminels en ligne estimés ;
- 700 signalements en France de partage d’images pédocriminelles par jour.
Citoyens, parents, médias, politiques, associations : continuons la lutte pour la protection
des enfants !
Sources :
Sur les dénonciations de violences physiques et sexuelles dans l’enseignement catholique :
Rapport « Sauvé » de la CIASE (abus dans l’Eglise) : https://www.ciase.fr/rapport-final/
Rapport de la CIIVISE : https://www.ciivise.fr/le-rapport-public-de-2023
auditions de la commission d’enquête : https://youtu.be/nZaxg0GA3Assi=7RFyWT8NInRr6TuE
Chiffres tirés du documentaire « pédocriminels, la traque » :




